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samedi 1 mars 2014

AspieGlotte je fus, AspieGlotte je suis, AspieGlotte je serai ! 2 sur 10

1. Flaschback. 

A) Les années de scolarité obligatoire (du jardin d'enfant - école enfantine - à la dernière année de pré-gymnase)

Reproduit avec l'aimable autorisation de l'une de mes amies aspies, Amanda Purple Berry
Reproduit avec l'aimable autorisation de l'une de mes amies aspies, Amanda Purple Berry

Manifestement, je ne suis pas très rancunière à l'égard de la langue écrite avec qui mon rapport n'a pas toujours été simple !

Avant d'en arriver aux dictées et aux rédactions, il a fallu que j'apprenne à écrire... Outre mes difficultés graphiques proprement dites, j'étais très fâchée avec l'orientation des lettres. Je m'entraînais, m'entraînais inlassablement...
Écriture de mon prénom... vivent les troubles «dys», DA et SA !
Écriture de mon prénom... vivent les troubles «dys», DA et SA !
Cette photo témoigne d'une partie de mes nombreux essais graphiques... autour de mes 6 ans, à l'école enfantine. Un jour j'ai même réussi l'exploit de faire perdre patience à ma jardinière d'enfants alors que c'est une crème. C'est manifestement par vocation qu'elle a choisi son métier, ce dont j'ai réellement pu me rendre compte quand, à 22 ans, j'ai fait un stage d'un mois dans sa classe. 

C'est d'ailleurs cette dernière qui fut la première à s'inquiéter pour moi, et qui m'envoya en consultation au service pédopsychiatrique de ma ville. En 1970, soit 11 ans avant que Lorna Wing ne ressorte les travaux de Hans Asperger des tiroirs où ils étaient restés depuis 1943, je n'avais aucune chance de recevoir un diagnostic correct. 

Et pourtant ! Tout dans le signalement de cette excellente pédagogue allait dans ce sens, surtout pour qui se donnait la peine de les compléter par les observations que mes parents avaient pu faire de moi, ceci depuis ma toute petite enfance. 

Je me rappelle presque mot à mot de ses propos lorsque j'ai effectué mon stage chez elle, m'expliquant au passage que je ne parvenais pas à accepter mon passage en classe de développement au début de ma scolarité primaire... : «Je vous revois encore : vous aviez une tête de moins que vos camarades, vous étiez dans votre monde. Parfois je demandais à toute la classe de se lever et tout le monde s'exécutait, sauf vous... il fallait que je vous stimule et vous appelle plusieurs fois. Vous me regardiez alors avec des yeux de Caliméro. Vous ne disiez jamais rien de vous-même mais lorsque je vous sollicitais, je voyais que vous saviez beaucoup de choses. J'avais peur qu'en entrant à l'école primaire à l'issue de votre année de jardin d'enfant, vous rencontriez trop des difficultés d'adaptation. Ce changement me paraissait trop brusque pour vous, vous étiez trop sensible... C'est pour ça que j'ai recommandé une première année primaire en deux ans, pour que vous ayez le temps de vous adapter. Pensez à un arbre fruitier : tous les fruits ne mûrissent pas en même temps ! Il faut respecter le rythme de chaque fruit». Cette dernière métaphore m'avait quelque peu soulagée et permis de mieux accepter ma trajectoire... 

Si je devais lister mes autres difficultés, j'ajouterais que j'étais fâchée avec la rythmique, me montrant incapable de me mettre dans quelque rythme que ce soit. Même les rondes me posaient de gros problèmes : dans quel sens tourner ? Sans oublier que je paniquais en salle de gymnastique dès que le ballon roulait vers moi. Je me figeais sur les espaliers que je refusais d'escalader, craignais les anneaux. Marcher sur des bancs suédois m'était tout simplement impossible, je devais être tenue... Ajoutons-y mes jeux stéréotypés (classer les poupées russes par taille, jouer avec les réglettes), mon inflexibilité (tolérer les changement de règles dans les jeux collectifs), mes dessins stéréotypés... Le bricolage non plus n'était pas ma tasse de thé. Ma maladresse aussi bien que ma distraction étaient légendaires. Plus tard, je vivrai l'enfer en travaux à l'aiguille, au point d'avoir été la souffre-douleur de l'une de mes enseignantes (comme si les bousculades de mes camarades de classe ne suffisaient pas...), cette enseignante ayant sérieusement cru que je faisais exprès de faire des noeuds impossibles à défaire (sic !)... Non j'étais juste terrorisée par elle et tentais désespérément de réparer mes erreurs toute seule !

Les règlettes (dont j'ai pu me souvenir de 5 couleurs sur 10 lors de mon anamnèse en 2014) que je classais par ordre
Les règlettes (dont j'ai pu me souvenir de 5 couleurs sur 10 lors de mon anamnèse en 2014) que je classais par ordre

De même avec les poupées russes en classe..
De même avec les poupées russes en classe..
Mon dessin stérétotypé au-delà de l'école enfantine (un lapin seul sur un bâteau)
Mon dessin stérétotypé au-delà de l'école enfantine (un lapin seul sur un bateau)
J'ose espérer qu'une fillette qui serait vue en consultation pour les mêmes symptômes que ceux qui furent miens à l'époque, ne recevrait plus pour seul diagnostic celui qui me fut collé à 6 ans : «un décalage entre le développement affectif et émotionnel par rapport au développement intellectuel»... La fameuse dyssynchronie si fréquente chez les enfants à haut potentiel intellectuel n'expliquait pas tout dans mon propre cas, et de loin !

Bref, j'en reviens maintenant au sujet annoncé : mes déboires lors de l'acquisition de la langue écrite. 

Tout au long de ma scolarité obligatoire et bien au-delà, je dûs me battre avec des difficultés qui surgissaient inmanquablement à chaque nouvelle étape. 

Les premières difficultés, - confusions de lettres symétriques verticalement (le «b» et le «d» d'une part, le «p» et le «q» d'autre part), ainsi que ma non discrimination de certains phonèmes (ce sont les unités sonores du langage), à l'instar des deux fameuses voyelles nasales proches auditivement parlant, le /ɑ̃/ comme dans «banc» avec le /ɔ̃/ comme dans «bon» -, ne pèsent pas bien lourd eu égard à celles que je connaîrai plus tard. 

Chaque fois que je dépassais un obstacle, ou qu'en tout cas je parvenais à progresser, c'était pour butter contre le prochain. Mon entraînement à la maison, pour ces premières difficultés, a porté ses fruits. Mais ensuite, il y eu l'orthographe d'usage, l'orthographe arbitraire (par opposition à l'orthographe grammatical). Qui peut m'expliquer pourquoi «carotte» prend un seul «r» mais deux «t», dans la dernière syllabe, alors que «pelote» ne prend qu'un «t» dans la même dernière syllabe terminale ? 

Pire encore ! Une fois résolue ma non-discrimination des voyelles nasales sus-mentionnées, je me retrouvais avec un /ɑ̃/ qui se retranscrit de deux manières différentes ! Un coup on l'orthographie avec «an» un autre coup avec «en» ! Ça c'est déloyal ! Pourquoi tant de complication ?! 

C'est avec plein d'enthousiasme que j'accueillis la grammaire ! Il y a des règles à intégrer, cela offre une structure intelligible du langage ! Il s'agit de raisonner logiquement même s'il y a des exceptions à mémoriser. La grammaire était pour moi presque aussi sympa que les mathméatiques où il n'y a aucune surprise. Il suffisait de comprendre comment cela fonctionne et répéter inlassablement les mêmes opérations. De la logique pure, wow ! 

Mais que de difficultés en dictée ! Déjà il fallait me concentrer sur la phrase, alors que les mots s'évaporaient de ma mémoire au fur et à mesure que mon stylo-plume progressait. Avec tout ce dont je devais tenir compte simultanément : ordre des mots, ne pas omettre de lettres, de syllabes, voire de mots entiers. Éviter d'intervertir des lettres ou des syllabes. Tenir compte de la ponctuation. Ne pas commettre d'erreurs d'étourderie. Ne pas oublier d'appliquer les règles grammaticales que je connaissais sur le bout du pouce mais oubliais d'utiliser hors des épreuves grammaticales proprement dites. Il m'était bien difficile de me concentrer sur deux tâches simultanément. Brillante en grammaire lors d'épreuves de grammaire, mauvaise grammairienne dès lors qu'il s'agissait de l'appliquer ailleurs. 

Je ne parle même pas de mon orthographe dans d'autres branches que le français. Bien studieuse, j'apprenais les leçons de géographie, d'histoire et de biologie par coeur, telles qu'elles m'avaient été transmises, sur les polycopies ou les manuels, au grand dam de mes profs (là je parle en degré secondaire inférieur, lors du gymnase, j'ai peu à peu dû renoncer, bien que la tentation fût encore là. Il y avait trop de pages à mémoriser). Ah, ce n'était pas des épreuves de maths ou de physique ou chimie où il fallait juste comprendre le raisonnement. Bref les profs qui plaisantaient me disaient que je ferais mieux d'apprendre l'orthographe par coeur que le contenu de mes cours, tant je glissais des erreurs ça et là... 

On me recommandait de lire, plaisir que je n'ai découvert qu'à 13 ans. Et du jour au landemain, je suis passée de mon manque d'intérêt total (je préfèrais de loin les casse-têtes logiques), à l'hyperlexie. Je me suis passionnée en retard pour les livres de la bibliothèque verte voire même rose : le club des 7, le clan des 7, les fantômettes (je me suis fait dire au passage par ma prof de français que c'était des livres de bébés)... pour évoluer vers d'autres lectures, biographiques notamment. Comme Marie Curie qui est devenue un intéret restreint me faisant d'ailleurs prendre au piège si je puis dire, lors du WAIS 3, lorsqu'on m'a demandé de qui il s'agissait... j'ai failli raconter tout ce que j'avais emmagasiné d'info durant l'adolescence, notamment ses mois et années de naissance, celle de ses deux filles, date de naissance et de décès etc. J'ai en effet une petite tendance logorrhéique lorsqu'on me branche sur l'un de mes sujets de prédilection. 

En parlant d'intérêt pour la lecture, il y a une sorte de livre que je n'aimais pas lire. Les BD. J'avais besoin que le texte soit écrit de manière linéaire, sinon je peinais trop à retrouver dans quel ordre lires les bulles. Quant aux images, je les zappais totalement. Pour moi les images étaient un support inintéressant. 

Comment ai-je pu garder intacte ma curiosité pour les mots alors que j'ai eu tant d'obstacles à surmonter, au début de l'acquisition de la lecture et de l'écriture, puis par la suite ? Je l'ignore. J'accourais dès que j'entendais le générique du francophonissime avec le même intérêt que l'émission de Gérard Majax : une émission de magie que je n'aurais raté pour rien au monde. D'ailleurs ma passion, tant pour cette émission que pour les maths, était si vivace qu'il me paraissait hautement inconcevable qu'elle ne soit pas partagée par ma sœur, née 16 mois après moi... je me revois encore, frustrée qu'elle ne vienne pas la voir avec moi, un soir où nous étions seules à la maison et qu'elle s'était déjà sagement installée au lit. Elle ne vient pas voir, que cela ne tienne, je vais aller lui montrer au lit, apportant un œuf cru pour lui faire la démonstration. Œuf qui finit... écrasé sur le tapis, au pied de son lit... 
Quant au francophonissime, je suis devenue une grande admiratrice du concourant canadien, le Père Ambroise, qui s'appuyait sur ses connaisances des étymologies latines et grecques pour trouver des réponses. Cela éveilla ma curiosité. J'entendis que le latin aidait à l'orthographe. Le grec ancien encore plus dirais-je. Grâce à l'étude de ces deux langues que je fis de la 7ème (= 5ème pour les Français) pour la première, la 8ème (= 4ème) pour la seconde, jusqu'à la matu (le bac), j'ai acquis un solide lexique orthographique. Lexique qui me rendit de très précieux services pour évoluer dans ma maîtrise de la langue écrite et compenser mon déficit phonologique diagnostiqué bien plus tard, déficit qui perdure à l'heure actuelle en probable séquelle d'une dyslexie phonologique. 

Dès que mes progrès en orthographe furent tangibles, je rencontrai bien des déconvenues avec la «composition» (exercice de rédaction)... «Manque d'imagination» : voilà la sempiternelle critique à laquelle j'avais droit. J'étais beaucoup trop terre à terre me reprochait ma mère.

Puis, enfer et damnation, en 9ème (la 3ème) arrivèrent les dissertations. Cette fois, il s'agissait de travailler sur des citations. Je me rappelle encore de la première. «On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux». 

Certes, maintenant j'aurais certainement plein d'arguments... Mais à cette époque là ! Je n'avais rien à dire ! Je me rappelle si bien des pas de ma prof partant du fond de la salle pour s'approcher dans ma direction alors que jétais assise au premier rang. Panique ! «Si je dois avoir l'air stupide, autant qu'elle me lise à domicile lorsqu'elle me corrigera, hors de ma présence !» C'était bien trop douloureux. J'attrapais prestemment ma gomme et entreprenais de soustraire les phrases déjà rédigées pour éviter qu'elle ne tombent sous les yeux de ma prof en train de lire au-dessus de mon épaule...

Pour l'autre exercice que je m'apprêtais à devoir pratiquer en français, allemand, latin et grec ancien au gymnase (lycée), j'eus encore plus de fil à retordre. Il répondait au doux nom «d'explication de texte». Commenter des livres, dire ce que j'en pensais... puis plus tard les analyser «J'ai aimé», «je n'ai pas aimé»... voilà l'essentiel de mon répertoire de réponses. 

Sauf à une seule reprise, toujours en 9ème année, j'eus à lire un livre qui m'avait émue et prise à la gorge au-delà de ce que je parvenais à exprimer. Je ne voulais pas le dire, du reste, j'avais si peur de parler de mes émotions, pire encore de les montrer alors que pourtant j'étais à fleur de peau ! 

«Mon bel oranger» de José Mauro de Vasconcelos. Cette fois-ci, j'aurais pu être la seule, si seulement j'avais pu sortir un son de ma gorge, à répondre à la question qui nous fut posée : «De quoi parle ce livre, quel en est le thème principal ?»

Oh oui que je connaissais la réponse. Tant il faisait écho en moi : cela parlait de l'immense solitude de José, un enfant de 8 ans, précoce et hypersensible. Je ne pouvais pas prendre le risque de parler, j'avais bien trop peur de fondre en larmes... qu'on me demande pourquoi je pleurais...

Le prochain parlera de mes années au gymnase...

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