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dimanche 16 mars 2014

AspieGlotte je fus, AspieGlotte je suis, AspieGlotte je serai ! 5 sur 10

2. Performances en dent de scie et rêves d'écriture (suite)


Votre pauvre mère, vous croyez que c'est drôle pour elle ? Elle joue au scrabble et finalement elle se rend compte qu'elle parle beaucoup mieux sénégalais que français. 3'37
Pierre Palmade : «Le Scrabble

Je décrivais dans le 4ème volet, mes progrès manifestes en écriture, malgré certains couacs au passages, couacs qui concernent davantage la pragmatique langagière (déterminer le niveau de langage en fonction de son interlocuteur) que mes capacités d'écriture proprement dites (et d'expression orale). Je pourrais donner à penser que tout est devenu rose ou presque et que maintenant, l'écriture et moi vivons une vraie lune de miel. Eh bien, détrompez-vous !

Si j'ai mis une citation en exergue au haut de ce volet, issue d'un sketch d'anthologie de Pierre Palmade, le «scrabble», c'est que j'y recours souvent en signe d'autodérision pour évoquer mes problèmes résiduels d'écriture. Ces difficultés résultent davantage de mes gros troubles attentionnels que de mes troubles langagiers résiduels. Il m'en reste cependant, suffisamment pour qu'un jour, courroucée, je pousse la porte d'une orthophoniste qui a décelé un trouble phonologique et une surcharge cognitive, aussi bien à l'écrit qu'à l'oral, qu'elle avait pressentis aussitôt que je lui ai expliqué le motif de la consultation et précisé mes symptômes.

Car ce qui ne se voit pas sur ce blogue, mon style pouvant paraître fluide, c'est l'intensité de travail qu'exigent toutes mes communications écrites, aussi bien quantitativement que qualitativement.

Écrire une simple lettre, ou une courriel, peut me demander bien plus qu'une ou deux journées, et encore, en y travaillant assidûment !

Lorsque j'écris d'un seul jet, même lorsque j'ai l'impression d'avoir rédigé des phases correctes d'un point de vue sémantique, orthograhique, syntaxiques etc. je suis, la plupart du temps, tout à fait INCOMPRÉHENSIBLE. Et encore, c'est un euphémisme ! 

Les phrases sont syncopées, il y a des oublis, mes accords sont totalement folkloriques, je me trompe dans des homophonies (la terminaison -ai- se mue en -ez- et vice versa pour ne citer qu'un exemple). Les oublis sont nombreux, il y a de nombreux tics verbaux, des répétitions de mots dans la même phrase. Si je décide d'en modifier une, ou de couper un segment pour le déplacer, il y a fort à parier que je vais faire une erreur, mal le placer. Si je change de verbe, j'oublie d'en vérifier la construction. 

Bref, à l'instar de la Liliane du sketch de Palmade, je m'aperçois que je parle parfois mieux sénégalais que français. 

C'est ainsi que je me suis bâti une réputation, dans certains cercles, notamment sur les fora fréquentés par ceux qui ont suivi les mêmes formations que moi, de n'être pas claire, voire inintelligible, de ne pas savoir résumer, ni aller à l'essentiel. Pire, il m'est arrivé de ne pas comprendre pourquoi on ne me comprenait pas. Je devais bien relire mes communications pour réaliser que ma prose était bel et bien écrite dans une langue bien étrange.. serait-ce là quelques prémisses de l'AspieGlosse (qui bien entendu peut varier d'un AspieGlosse à l'autre, je ne prétends pas être représentative de la façon de communiquer des Aspies) ? 

De là à me faire perdre l'habitude d'être spontanée il n'y a qu'un pas... que j'ai vite franchi. Déjà que la «spontanéité» ne soit pas en soi le fonctionnement qui s'applique le mieux à une aspergirl... ! 

Cela m'oblige à passer un temps fou, que je n'ai pas forcément, sur chacune de mes communications. Je finis par hésiter et même éviter de répondre à des courriels, même si j'en ai envie ou alors il m'arrive de répondre après de si longs mois que la personne peut se sentir oubliée ou pire, rejetée. C'est juste que je n'arrive pas à suivre. 

Parfois aussi je bascule dans le mode «livre ouvert» et me montre beaucoup trop transparente sans anticiper que certaines personnes sont très jugeantes. Il me reste quelques ajustement à faire pour améliorer mes communications.

Bref je m'égare quelque peu. Autre difficulté langagière qui subsiste, aussi bien à l'écrit qu'à l'oral est sans doute ce maudit «manque du mot», comme on l'appelle dans le jargon neuropsy. Ah ce que c'est pénible ! Je veux employer un mot, que je connais bien, qui décrit exactement ce que je veux dire, sauf que ce dernier s'entête à m'échapper. Le coup du «ce qui se conçoit s'énonce clairement et les mots pour le dire nous viennent aisément» que nous avait sorti notre prof de 9ème année (3ème) peut aller se rhabiller. 

Bien sûr, et là j'aborde surtout l'expression orale, cela survient de préférence lorsque je suis en pleine surcharge sensorielle, donc épuisée, proche de l'explosion nucléaire. 

Que la personne à côté de moi, mon chéri la plupart du temps, se hasarde à vouloir me faire répéter, ou cherche simplement à me faire parler, en insistant en plus, c'est comme agiter un chiffon rouge sous le nez d'un taureau. Qu'un mot s'obstine de plus à m'échapper au moment où je dois m'exprimer, là, c'est trop !

Exemple. Je me décide à cuisiner. Oui, cela peut m'arriver, et même parfois à des heures normales ! Je souhaite que du haut de son mètre presque nonante (là je taquine mes amis Français. Je veux dire presque un mètre quatre-vingt-dix...), je lui demande de me dénicher un article tout au haut de l'armoire puisque lui n'a pas besoin de grimper. Sauf que le mot refuse obstinément de venir. J'essaie de compenser par une pérphrase. Sauf que la encore, aucun vocable de ladite périphrase, un adverbe spatial, tant qu'à faire, pour situer l'objet, - ça peut aider -, se décide à s'acheminer vers mon cerveau. Rien ! THE vide. Intersidéral. Que fais-je je vous le demande ? Vous visualisez Don Camillo en train de soulever une table en chaîne au-dessus de sa tête avant de la jeter comme un javelot ? Vous y êtes ! À la différence prêt qu'avec lui, on se marre. Avec moi, à ces instants précis, beaucoup moins ! Heureusement mes colères s'étaignent aussi vite qu'elles sont montées. Je m'énerve contre moi et mon incapacité à m'exprimer comme je le souhaite, et du coup, ma frustration se retourne, brièvement, contre l'homme de ma vie. Et ça, ça me chagrine beacoup...

Quant à vouloir évoquer un nom propre, par exemple pour indiquer le nom d'un médecin (pratique quand on me demande à qui faire suivre le dossier), ou si je souhaite parler d'un acteur, là c'est le «maque du mot» presque assuré ! Déjà que j'ai des difficultés à reconnaître les visages, si je m'emêle en plus les pinceaux pour évoquer les noms propres, cela devient vite sportif. 

Lorsque j'écris c'est grosso modo pareil. Souvent, je sais que je connais l'expression idiomatique pour exprimer ce que je souhaite, mais impossible de la trouver. Parfois les moteurs de recherche aident, si toutefois je suis apte à me souvenir des premières lettres, les propositions de mots clés peuvent sauver la donne. Ah la toile ! Quel bonheur ! Comment ai-je donc fonctionné sans elle ? Je suis toute configurée pour être une geek ! 

Cela étant, il est évident que comparativement à ce que j'ai dû surmonter, durant mes années d'école secondaire inférieure et supérieure, ma quasi incapacité d'alors de surmonter l'angoisse de la page blanche durant Les dissertations, mes pensées qui se télescopaient et que je parvenais pas à dompter et à canaliser de manière constructive, la difficulté à appréhender des écrits abstraits, je pourrais presque en arriver à nier mes déficits résiduels. Soit, je suis parfois très contrariée en raison de l'effort de concentration que je dois fournir pour produire quelque récit que ce soit. En dépit de tout cela, j'aime le verbe. Je le chéris. Je suis extrêmement sensible à la sonorité de mots, des phrases. Parfois, même sans comprendre ce qui est dit lors de chanson (car en plus il m'est parfois très difficile de les détacher de la mélodie, de manière à en faire des phonèmes audiblese), j'éprouve de fortes émotions. Émotion que je ressens également lorsque les paroles sont dans des langues étrangères que je ne maîtrise pas du tout. 

Il me reste des sonorités, des mots, des phrases que j'ai captées ça et là, comme représentant des ressentis dominants à certaines périodes de ma vie, parfois bien sombres d'ailleurs. Réentendre des chansons que j'écoutais en boucle, me touche énormément, et parfois m'inspire. La musique m'accompagne partout, elle est présente lorsque j'écris, et nourris la musicalité des mots. 

Je ne me limite pas, fort heureusement, à des morceaux mélancoliques ! La musique dite New Age fait partie de ce que j'apprécie lorsque j'écris. Ma rencontre avec ce genre de musique a une date précise : l'un des séminaires de formation en sophrologie que j'ai suivi. Nous, les étudiants, tous issus d'une profession médicale ou paramédicale (je faisais partie des 3 étudiants dans l'une de ces disciplines) étions suceptibles d'animer chacun une relaxation. Je me suis proposée pour en animer une, desitnée à des enfants de 3 ans. Le regreté Raymond Abrezol a alors mis une musique d'Enya. Wow ! Magnifique ce fond sonore qui m'a inspirée et bien aidée à poser mon terpnos logos1Cette musique, la voici ! 

Enya - Orinoco Flow
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Je vais me simplifier la vie et copier-coller la définition que j'ai reproduite dans mon mémoire de sophrologie : 

Caycédo s'est inspiré de l'un des dialogues de Platon, Charmide pour créer le terme de terpnos logos qu'il a  a octroyé à la manière particulière qu’a le sophrologue de s’adresser au sophronisant lors des relaxations. Τερπνός, [terpnos] en grec ancien, signifie réjouissant, agréable, charmant. Le terpnos logos peut donc être traduit ainsi :parole, discours agréable. Nous retrouvons cette même racine dans le nom de la Muse qui présidait à la Musique chez les grec Ετέρπη Euterpe  (« qui sait plaire », de ε/ eũ, [eu] bien et de τέρπω / [térpô] « réjouir, charmer mais aussi rassasier »)

(...).

CHÉNÉ, P.-A. (1996a) définit ainsi le terpnos logos, selon la  conception caycédienne : «… La façon verbale basée  sur la persuasion, le ton harmonieux, etc. avec  lequel le sophrologue dirige la sophronisation. Il  s’agit d’une voix qui sans être affective doit induire  la confiance, le relâchement, l’apaisement, le bien  être et l’adhésion par un tempo régulier sans  inflexion trop prononcée».

CHÉNÉ, P.-A. (1996a).3 SOPHROLOGIE. Fondements  et  méthodologie. Précis de sophrologie caycédienne   fondamentale. Paris : Édition Ellébore. 


PLATON. Charmide. In, Œuvres complètes, tome II. Paris : Les Belles Lettres, 1921, pp 47–82. (Texte établi et  traduit établi et traduit par Alfred CROISET). Titre original Titre original : Χαρμίδης. (4e siècle avant J.-C).

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